Économie et finance.

Notions de base.

Capitalisme
Régime économique et social dans lequel les capitaux, sources de revenus, n’appartiennent pas, en règle générale, à celleux qui les mettent en œuvre par leur propre travail.
Le capitalisme a permis l’accès à la consommation de masse, génératrice d’affects joyeux extrinsèques, de plaisir après le travail (Frédéric Lordon, économiste).
Il existe un capitalisme d’État et un capitalisme privé (libéralisme).
Chômage, sous-emploi
Voir chômage
Droit du travail
Ensemble des règles juridiques applicables aux relations individuelles et collectives qui naissent entre les employeurs privés et ceux qui travaillent sous leur autorité moyennant une rémunération appelée salaire. (Gérard Lyon-Caen, professeur de droit social).
Les 3 caractéristiques du droit du travail sont :
  1. la fourniture d’un travail ;
  2. la rémunération (contrepartie de la précédente) ;
  3. le lien de subordination de l’employé·e à l’employeuse/r, c’est-à-dire l’exécution d’un travail sous l’autorité d’un employeur qui a le pouvoir de donner des ordres et des directives, d’en contrôler l’exécution et de sanctionner les manquements de son subordonné (Chambre sociale de la Cour de Cassation, , 94-13.187)).
Ainsi, le contrat de travail existe dès l’instant où une personne (le salarié) s’engage à travailler, moyennant rémunération, pour le compte et sous la direction d’une autre personne (l’employeur). Le plus souvent, le contrat de travail doit être écrit. Son exécution entraîne un certain nombre d’obligations, tant pour le salarié que pour l’employeur (« Les principales caractéristiques du contrat de travail », Ministère du Travail, de l’Emploi, de la Formation Professionnelle et du Dialogue social)).
Économie morale
Paraphrasé depuis l’article : Didier Fassin, « Les économies morales revisitées », Annales. Histoire, Sciences Sociales 6/ (64ème année), pages 1237-1266, paragraphe 9.
Premièrement, l’économie morale correspond à un système d’échanges de biens et de prestations. Elle caractérise les sociétés d’avant le marché. Deuxièmement, elle correspond à un système de normes et d’obligations. Elle oriente les jugements et les actes, distingue ce qui se fait et ce qui ne se fait pas. L’économie est donc morale en ce qu’elle se fonde sur une légitimité traditionnelle, un sens partagé au sein de la collectivité d’appartenance, de ce qui doit être fait. […] Les deux dimensions [système d'échanges et système de valeurs] sont bien sûr indissociables puisque la confrontation des deux modèles économiques – la société contre le marché, pourrait-on risquer – ne s’actualise qu’au moment de la rupture du contrat moral qui lie les parties – le non-respect des normes et des obligations par les plus puissants. (Didier Fassin. Voir aussi Edward P. Thomson, « The moral economy of the English crowd in the eighteenth century », Past & Present, 50, , p. 76-136.)
Selon l’économiste hongrois Karl Polanyi, l’économie morale est fondée sur deux principes : la réciprocité et la redistribution. Selon lui, le bouleversement historique qui survient au 19ème siècle n’est pas l’existence de marchés, plus ancienne, mais la mainmise des marchés sur les sociétés humaines c’est-à-dire le passage d’une économie profondément inscrite dans l’activité sociale (embedded) à une économie autonomisée à travers le marché (disembedded) (voir Karl Polanyi, La Grande Transformation, ).
Industrie

Chaque emploi dans l’industrie « nourrit » entre 2,5 et 3 emplois dans les services qui sont associés, directement ou indirectement, à la production industrielle. C’est pourquoi cette dernière est le premier indicateur quand on veut regarder la question du chômage.

Si l’on regarde les chiffres de l’INSEE, on est frappé par le constat que la production industrielle, qu’il s’agisse de la production globale ou de la production manufacturière, est aujourd’hui inférieure à son niveau de 1990. Ce résultat est déjà parlant. Mais, l’observation de la trajectoire historique depuis 1990 révèle d’autres choses tout aussi intéressantes. Tout d’abord, la production industrielle s’effondre jusqu’à l’été 1993 quand se font sentir les premiers effets du « franc fort » voulu par le gouvernement pour qualifier la France pour la mise en place de l’Euro. De fait, la production industrielle ne retrouve son niveau de 1990 qu’en janvier 1997. Ce « mieux », certes très relatif, est dû à la mise en œuvre d’une politique volontariste d’exonération des cotisations sociales, qui équivaut à l’effet d’une dépréciation du taux de change pour les entreprises, mais qui serait à la charge de l’État.

Jacques Sapir, « Le chômage, l’industrie et l’Euro », RussEurope,
Libéralisme, capitalisme privé
Doctrine économique classique prônant :
  1. la libre entreprise ;
  2. la libre concurrence ;
  3. le libre jeu des initiatives individuelles.
La caractéristique du capitalisme néolibéral a été de ré-enchanter le travail (Frédéric Lordon), de le faire aimer par les salarié·e·s, et donc de générer des affects joyeux intrinsèques.
Néolibéralisme
Forme de libéralisme qui admet une intervention limitée de l’état.
On parle aujourd’hui de la France ou de l’Union européenne comme de structures néolibérales.
Produit intérieur brut (PIB)
Agrégat majeur des comptes nationaux, le PIB mesure la valeur de l’ensemble des biens et services produits sur le territoire d’un pays donné au cours d’une période donnée, quelle que soit la nationalité des producteurs présents sur ce territoire.
La croissance du PIB pour une année est décomposée entre les trois sources de demande :
  1. consommation (publique et privée) ;
  2. investissement total (y compris variations des stocks) ;
  3. exportations nettes (exportations moins importations.
Le total de ces contributions est égal à la croissance du PIB.
Salariat

Le salariat est un rapport social de chantage.

Frédéric Lordon, discours Nuit Debout,
Stabilité économique
De la mise en place de l’euro (2002) à la crise de 2010, un état de l’Union européenne est stable si son déficit public n’excède pas 3% du produit intérieur brut (PIB).
Depuis 2010, c’est l’excédent — ou déficit — structurel (c’est-à-dire corrigé des effets de la conjoncture) qui permet d’évaluer la stabilité du budget d’un état.
Depuis cette date, la Grèce et le Portugal apparaissent comme les états les plus vertueux de l’Union Européenne (voir Guillaume Duval, « Budget : la Grèce est en réalité le pays le plus “vertueux” d’Europe », AlterEco Plus, ).
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Infographies.

Les différents courants économiques, Le Monde dipomatique,

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La violence des riches.

Résumé d’un entretien avec Monique Pinçon-Charlot, paru dans Bastamag, .

Mots-clés : démocratie, oligarchie, violence

Si le seuil de pauvreté est défini, le seuil de richesse est relatif (Pour être dans les 10 % les plus riches en France, il suffit que dans un couple chacun gagne 3000 euros). Néanmoins, il existe une guerre de classes menée par un petit groupe de riches (l’entre-soi oligarchique).

Leur pouvoir vient :

  1. de leurs ressources économiques ;
  2. de leurs relations sociales ;
  3. de leur niveau culturel ;
  4. de leur richesse symbolique (patronyme, image sociale…).

Pour Pinçon-Charlot, ce pouvoir est soutenu :

  1. par la financiarisation de l’économie (qu’ils maîtrisent) ;
  2. par la déshumanisation de l’entreprise ;
  3. par la social-démocratie (à la fois dans les orientations politiques mêmes, mais aussi dans les éléments de langage et dans les intérêts croisés) ;
  4. par les médias, au service de l’abrutissement des masses, d’une approche néo-libérale du monde et de l’intérêt des oligarques (exemple : soutenir la fiction des élites productives, ou que la crise financière de 2008 est une crise globale que chacun doit compenser).

Pour l’autrice, il s’agit d’un système totalitaire qui n’apparaît pas comme tel, qui se renouvelle chaque jour sous le masque de la démocratie et des droits de l’homme. Il faut donc mettre des visages sur cette oligarchie.
Elle considère que le Front National, en tant que parti démagogue et raciste, n’est pas une solution (Le banquier plutôt que l’immigré !).

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Les BRICS.

Résumé d’un entretien avec Mohammed Matmati, paru sur le blog de l’IRIS, le .

Mots-clés : brics, mondialisation

Le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du sud (dits les BRICS) constituent aujourd’hui le « club » des pays émergents.

Ils se caractérisent par :

  1. une croissance économique élevée sur la durée ;
  2. une diversification industrielle ;
  3. un développement de leur commerce extérieur ;
  4. une stabilité politique et une influence géopolitique au plan mondial ;
  5. un accroissement du niveau de vie moyen de la population, et donc l’apparition d’une classe moyenne nombreuse dotée d’un pouvoir d’achat.

Les BRICS pèsent donc ensemble sur la politique mondiale (notamment la Russie), mais se démarquent individuellement sur le plan commercial (notamment la Chine). S’ils « représentent » aujourd’hui les pays du « sud », une quarantaine d’autres pays sont déjà sur la voie de l’émergence économique.

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Le déficit commercial français en débat.

Résumé d’un article de Gaël Giraud, paru dans la revue Projet, .

Mots-clés : déficit, PMI, Allemagne, exportation

Définir ce déficit commercial.

Lorsque nous importons davantage que nous n’exportons, il y a déficit commercial. Aujourd’hui, la France représente 4,5 % des échanges mondiaux, soit 2 points de moins qu’en 1999.

D’après Gaël Giraud, qui compare notre situation à celle de l’Allemagne, notre déficit ne peut s’expliquer (pas uniquement tout du moins) par le passage à l’euro, la hausse du prix du pétrole, les 35 heures, ou nos coûts de production. De même, une plus forte pression fiscale sur les salaires ne réglerait pas le problème.

Investir dans les PMI et l’innovation.

Dès lors, l’origine du creusement inédit de notre déficit commercial est à chercher du côté de l’offre industrielle et de la faiblesse de nos investissements. En effet, le tissu français des PME-PMI est trop peu développé et inexistant à l’international. Or l’Allemagne, avec trois fois plus de PME que la France, exporte trois fois plus que nous.

Ainsi, l’auteur appelle à redynamiser l’industrie en soutenant les PME-PMI (notamment sur le plan technique), et plus généralement l’innovation et la recherche (Aujourd’hui, la France investit en moyenne 8 000 euros par an pour un étudiant, contre 20 000 au nord de l’Europe). Il faudrait également explorer des niches industrielles encore faiblement concurrencielles.

Relativiser le déficit.

Néanmoins, le déficit commercial français doit être relativisé.

D’abord, les PME exportatrices sont en augmentation, et nous fournissons de plus en plus les nouveaux marchés (+31 % vers la Chine et +71 % vers l’Inde en 2007). Ensuite, le dynamisme de notre consommation intérieure nous pousse à importer, tandis que les Allemands (nos premiers clients) demeurent frileux et limitent nos exportations. Enfin, notre déficit commercial est aussi dû à notre déficit fiscal : les investissements publics et privés sont supérieurs à l’épargne publique et privée. Ainsi, augmenter les impôts sur le capital pourrait réduire le déficit commercial. Pourtant, déplore l’auteur, la discussion atterrira invariablement sur le terrain du coût de la main-d’œuvre française (pourtant comparable à celui de l’Allemagne), et d’une nécessaire flexibilisation du marché du travail, dont on sait toute l’ambiguïté.

En outre, Gaël Giraud précise que l’indicateur du commerce extérieur français, aujourd’hui, n’est plus réellement significatif, par la réalité du libre-échange et de l’Union Européenne.

Conclusion.

Gaël Giraud n’éclaire pas seulement sur notre déficit commercial (politiques de dérèglementation, dollar déprécié…), il ne propose pas seulement des pistes pour le réduire (investissement dans la recherche et les PMI, hausse de l’impôt sur le capital), il propose également de le voir autrement pour en montrer la nature complexe et finalement moins inquiétante que prévu.

Plus encore, il explique que la vision (volontairement ?) réduite des pouvoirs publics sur cette question fait immanquablement retomber sur les terrains douteux du coût de la main-d’œuvre et de la flexibilisation du marché du travail. Giraud conclut alors : la question en apparence “technique” du déficit commercial français, qui semblerait devoir être confiée aux batailles d’experts, renvoie à une question tout à fait politique, et qui devrait être au centre du débat démocratique.

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Industrialisation du commerce sexuel et marchandisation.

Synthèse de « La mondialisation du marché du sexe » par Richard Poulin, paru dans .

Mots-clés : libéralisme, sexualité, prostitution, OMC

Remarque : Poulin est sociologue spécialisé sur la prostitution, dont il réclame l’abolition.

Structure du commerce sexuel aujourd’hui.

Depuis les années 80, le changement le plus dramatique du commerce sexuel [ndr : légal et illégal] a été son industrialisation, sa banalisation et sa diffusion massive à l’échelle mondiale. Cette dynamique provient :

Liées au crime organisé, les industries sexuelles prennent plusieurs formes, et profitent à la fois aux forces de l’ordre corrompues, à l’industrie du tourisme et même aux gouvernements (notamment de l’Asie du Sud-Est). De leur côté, les organismes européens et internationaux — malgré leurs bonnes intentions — pensent désormais l’exploitation sexuelle dans le cadre de la mondialisation néo-libérale, c’est-à-dire en termes d’offre et de demande. Ainsi, sous l’obligation de remboursement de la dette, de nombreux Etats d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique ont été encouragés par les organisations internationales comme le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale – qui ont offert des prêts importants – à développer leurs industries du tourisme et de divertissement. Dans chacun des cas, l’essor de ces secteurs a permis l’envolée de l’industrie du commerce sexuel. De même, les femmes et les enfants sont devenus de nouvelles matières brutes (new raw resources) » dans ce trafic qui forme un nouvel esclavage.

Conditions d’existence des travailleuses du sexe.

D’après l’auteur, c’est à la fin des années 90, sous l’influence de l’Organisation des Nations Unies, que s’opère doublement la libéralisation du système prostitutionnel :

  1. en 1995, la quatrième Conférence mondiale sur les femmes pose le principe de prostitution « forcée » ;
  2. en 1998, l’Organisation internationale du travail appelle à une reconnaissance économique et juridique de l’industrie du sexe.

Cette libéralisation du commerce sexuel génère d’importants mouvements migratoires de femmes, depuis des régions à faible concentration de capital vers des régions industrialisées, à plus forte concentration. À l’arrivée, ces femmes sont au plus bas niveau de l’échelle sociale, culturelle et sanitaire. Conjointement à cette situation, les pratiques de rapt, viol et violence (extrêmement courantes sur les prostituées) développent le marché sexuel, tout en rendant « fonctionnels » les corps qu’il va employer.

Pour tout dire, le commerce sexuel concentre l’ensemble des problématiques liées à la mondialisation, c’est-à-dire entre autres :

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Évaluation économique des violences conjugales en France.

Extraits d’un article paru dans Santé Publique (nº 22, ).

Mots-clés : violence, couple, femmes, Sécurité sociale

Le coût global des violences conjugales en France (1) a été estimé à 2,5 milliards d’euros par an (entre 1,7 et 3,5 milliards d’euros, 2006). Le coût en Europe EU25 des violences conjugales a été estimé à près de 16 milliards d’euros (entre 14 et 22 milliards).

Si elles représentent un coût humain majeur, les violences conjugales font peser un énorme fardeau économique sur les sociétés, en induisant une perte de productivité et un recours accru au système de protection sociale. Notre étude tend à montrer qu’en augmentant de un euro le budget des politiques de prévention des violences conjugales, l’État, l’assurance maladie ou encore les collectivités locales pourraient économiser jusqu’à 87 euros de dépenses sociétales (2), dont 30 euros de dépenses directes.

Notes :
  1. Chez les victimes de violences conjugales, le ratio homme/femme est d’environ un pour trois (Source : Insee-ONDRP, enquêtes Cadre de vie et sécurité de 2008 à 2012.
  2. C’est-à-dire : la perte d’utilité sociale engendrée par ces violences.
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Fiscaliser les allocations familiales, une fausse bonne idée.

Résumé d’un article de Philippe Frémeaux pour Alternatives Économiques,

Mots-clés : impôt, famille, ménage

En octobre 2014, le groupe socialiste à l’Assemblée nationale a relancé l’idée de fiscaliser les allocations familiales. Philippe Frémeaux considère que cette idée répond mal au problème des inégalités sociales :

A priori, cela semble être une mesure de gauche : on reprendrait aux plus aisés une partie de leurs allocations via l’impôt sur le revenu, et cela ne changerait rien pour les ménages les moins riches, ceux qui ne sont pas assujettis à cet impôt. […] Pourtant, à y réfléchir plus avant, c’est le type même de la fausse bonne idée, car l’enjeu n’est pas de réduire les allocations familiales, mais de les étendre tout en mettant de l’ordre dans tout le reste, congé parental, quotient conjugal et familial.

Sur le congé parental.

Aujourd’hui, le congé parental est surtout choisi par les mères à faible niveau de revenu, parce que, compte tenu du coût de la garde d’enfants, elles trouvent intérêt à renoncer à travailler.. Mais le problème est double :

  1. ces femmes auront le plus de mal à retrouver un emploi et financer leur retraite ;
  2. leurs enfants gagneraient souvent à être socialisés dès leur petite enfance, comme le sont la majorité des autres.

La proposition de l’auteur : mieux vaudrait donc augmenter les aides permettant aux femmes de concilier de manière économiquement satisfaisante vie active et maternité. […] Il faudrait surtout, dans le même temps, mettre le paquet sur l’offre de places en crèche et sur l’accès à l’école maternelle avant l’âge de 3 ans.

Sur les quotients familial et conjugal.

Le quotient familial a pour objectif d’égaliser la situation des ménages avec enfants et sans enfant, pour chaque catégorie de revenus. Son plafond a été abaissé à deux reprises par François Hollande depuis 2012. Il coûte cependant encore près de 10 milliards d’euros, distribués selon le principe qui veut que plus vos revenus sont élevés, plus vous êtes aidé, au motif que vos enfants vous coûtent plus cher. […] À l’inverse, les allocations familiales ne sont versées qu’à partir du deuxième enfant et s’arrêtent à 20 ans, l’âge où les enfants coûtent le plus.

Le quotient familial se double d’un quotient conjugal, qui permet à un couple, même sans enfant, dont un seul époux travaille, de répartir son impôt sur deux parts et d’en payer bien moins qu’un célibataire ayant le même niveau de revenu, un mécanisme qui encourage l’inactivité des femmes.

Au lieu de fiscaliser les allocations familiales, Philippe Frémeaux conseille donc simplement d’individualiser l’impôt en fonction de ses revenus et non de sa situation familiale (ce qu’applique l’immense majorité des autres pays et que suggére le Conseil d’analyse économique). L’argent dégagé grâce à la suppression du quotient conjugal et familial pourrait alors être utilisé pour financer des aides données à tous dès le premier enfant et une allocation d’autonomie pour tous les jeunes à compter de l’âge de 18 ans, sans condition de ressources, jusqu’à l’entrée dans la vie active.

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La comédie humaine du travail. De la déshumanisation taylorienne à la sur-humanisation managériale

Résumé de la revue du livre de Danièle Linhart par Marc-Antoine Pencolé, paru dans Lectures,

Mots-clés : management, travail, précarité

Dès les années 1910, les préceptes de Frederick W. Taylor et de Henry Ford ont délibérément contribué à saper la professionnalité des ouvriers, leurs métiers et leurs connaissances. La maîtrise de l’organisation du travail est entièrement déportée du côté de la direction, mettant les travailleurs dans un état de dépendance et de déqualification sans précédent.

C’est à ce moment qu’apparaissent véritablement les cadres, ces ingénieurs et techniciens qui ont pour tâche d’accumuler une masse de connaissances sur le travail, parfois avec l’aide des ouvriers eux-mêmes.

Dans ce rapport asymétrique entre ceux qui font le travail et ceux qui le dirigent, les cadres de l’entreprise définissent et imposent le contenu précis du procès [NB : processus] de travail. Le contrôle et l’évaluation des performances des ouvriers sont systématisés, incorporés au procès pour dissimuler leur brutalité.

Dès les années 1930, émerge le mouvement universitaire des human relations, adossé aux milieux patronaux. Il conçoit pour les managers les outils nécessaires à l’arraisonnement de la dimension psychologique des travailleurs. Taylor espérait rendre superflue toute initiative et implication subjective du travailleur dans la production, pour que l’employeur ait à négocier le moins possible son adhésion.

Problème : le travail réel déborde largement le travail prescrit, et cette approche radicale en grippe généralement la chaîne.

Le rôle du management « humaniste » contemporain est désormais d’approfondir les principes organisationnels et idéologiques développés par Taylor et Ford, mais […] en réintégrant et en subordonnant l’humanité des travailleurs au processus de production. La nouvelle approche managériale induit une nette fragilisation du salarié dans le rapport de subordination en individualisant sa condition :

Plus la hiérarchie considère les personnes au travail comme des humains, moins elle respecte leur statut de professionnels, leur expertise et leur droit à peser sur la définition de leur travail, à se l’approprier. [De plus,] la psychologisation et l’individualisation des problèmes, ainsi que la mise en concurrence des salariés empêchent ces derniers de penser les conflits à l’échelle collective.

En outre, toute critique et toute résistance sont respectivement perçues par les tenants du nouveau management comme l’ignorance de la réalité de l’entreprise et le refus d’abandonner des archaïsmes.

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