La gauche en France.

Panorama des gauches françaises : Parti Socialiste…

Que reste-t-il de la gauche ?

Résumé d’un entretien avec Éric Fassin sur France Inter,

Mots-clés : langage, libéralisme, extrême droite
Référence : Éric Fassin, Gauche : l’avenir d’une désillusion, Collection Petite encyclopédie critique, Textuel, 2014, 64 pages, ISBN : 978-2-84597-488-3.

Constat.

Le constat d’Éric Fassin est le suivant : loin d’essayer de prolonger une politique de gauche, [François Hollande] essaie de rendre acceptable le fait d’y renoncer. Ce renoncement est figuré depuis les années 80 sous l’expression de réalisme. Or, selon Fassin, ce réalisme n’est pas pragmatique mais idéologique :

Le paradoxe de l’invocation du « réalisme », c’est qu’elle ne tient pas compte de la réalité ; ni de la réalité électorale, ni de la réalité économique. Autrement dit, le réalisme aujourd’hui, lorsque ce mot est utilisé par le gouvernement socialiste, ça veut dire que la réalité serait de droite.

Ainsi, le discours de François Hollande au Bourget (22 janvier 2012), réaffirmation d’être le candidat du changement, a été balayé sous la présidence par la nécessité d’une continuité, d’une seule politique possible. Cette continuité s’est incarnée dans le Pacte de responsabilité (annoncé le 31 décembre 2013) et dans le maintien de l’aide aux banques et au patronat, tout en confirmant François Hollande comme un néo-libéral, et non un libéral (l’État ne se retire pas de l’économie), un social-démocrate ou un social-libéral ([François Hollande] n’est pas particulièrement social mais il n’est pas non plus libéral).

L’orientation néo-libérale du Président est également celle du Premier ministre Manuel Valls : se consacrer aux questions économiques au détriment des questions sociétales, qui distrairaient des « vrais » enjeux actuels selon la droite dite décomplexée. Pour Éric Fassin, la gauche désormais « complexée » cède donc à une hégémonie idéologique de la droite et ne s’en distingue plus par le volet sociétale (pourtant indissociable du volet économique).

Conséquences.

À terme, ce consensus idéologique appauvrit d’un côté la démocratie (La démocratie, ce n’est pas le consensus, c’est le dissensus) et la politique (La politique, c’est de proposer des visions du monde, et ensuite d’appeler les électeurs à choisir entre des visions qui s’opposent effectivement). De l’autre, il favorise l’abstention et le Front National, dont la formule « UMPS » devient de plus en plus difficile à nier.

En réaction à ces vocabulaires de droite et d’extrême-droite, qui remplacent de plus en plus celui de la politique en général, Éric Fassin appelle à imposer un vocabulaire de gauche : par exemple, ne pas dire « l’immigration est un problème » mais « il y a des problèmes en matière d’immigration ». La gauche doit ainsi réorienter sa politique et son discours pour se réaffirmer comme telle sur l’échiquier politique et aux yeux de son électorat.